Les mortalités les plus élevées (dues à l'épidémie de peste) sont relevées parmi les communautés religieuses et monastiques, qui vivent confinées, mais dans des bâtiments souvent en pierre, où les rats sont moins nombreux que dans des maisons en bois. C’est le cas pour les couvents des Ordres mendiants en Italie : à Santa Maria Novella à Florence, à Sienne, Pise et Lucques – mais c’est aussi vrai dans le sud de la France. Henry Knighton, chanoine de Leicester qui détestait les Ordres mendiants, consigne l’hécatombe dans son Chronicon de manière assez peu charitable :
« Parmi les Carmes d’Avignon, 66 moururent avant que les citoyens ne s’aperçoivent du désastre : ils crurent d’abord qu’ils s’étaient entretués. Des ermites de Saint Augustin, il n’en resta pas un seul et ce n’est pas dommage. En Provence, 358 Frères prêcheurs sont morts pendant le Carême, de même à Montpellier sur 140 il n’en resta que 7 ; 7 aussi à Maguelonne sur 160, c’est encore assez. À Marseille, sur 150 Frères mineurs il n’en resta pas un seul : c’est bien ainsi. »
Il n’est pas impossible qu’il exagère un peu, mais sa férocité prouve au moins que, pendant la peste, les affaires continuaient, et avec elles, au sein de l’Église, la haine entre ordres religieux.
Patrick Boucheron, Peste noire
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