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vendredi 19 avril 2024

désamiantage du pandémonium

extraits de mails
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Ce qui me fait avancer vers la sérénité, en ce moment, c'est d'avoir été recontacté après 40 ans de silence par une jeune grand-mère avec qui j'avais entretenu une liaison amoureuse en 83, elle me dit qu'elle rentre en France après 37 ans de Californie et me demande si je veux bien être son ami, parce que forcément elle ne connait plus grand monde en métropole, et puis finalement, mon meilleur pote, avec qui elle s'était barrée, en emportant l'argenterie, mes bijoux de famille et tous les disques de Francis Lalanne, il était moins bien que moi, franchement si elle avait su...

Je vais demander à ma femme si elle est d'accord pour que je sois ami avec Pascale. Comme elle veut déjà pas que je sorte avec une star du porno, ça m'étonnerait, mais ça coûte rien de demander.

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Kris, tu les connais tes vertus, même si tu ne veux pas admettre qu’elles te rend(aient) beau

L’amour (me) Rambo ? c’est Sylvester Stallone qui va être content.

(oui, me voilà encore à parler de beauté- Pour moi, la beauté est la seule chose qui me donne envie de vivre).

La Beauté vaut bien qu’on vive pour elle, quitte à en mourir, mais elle n’est rien sans la Laideur, qui lui est consubstantielle et qui la soutient par en dessous : si tout était Beau, rien ne le serait.
Alors que si tout était moche, la vie ressemblerait juste à un congrès des Républicains.
C’est pourquoi je suggère à la Beauté, quand Elle se remaquille le matin devant sa glace en essayant d’atténuer les ravages de l’âge, de rendre l’hommage qui convient à la Laideur, sans qui Elle n’est rien.

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Et voilà. 
Maintenant que sont rêglés les grands problèmes philosophiques du monde mondial, n'oublions pas d'envoyer des ronds à la Croix-Rouge, qui en a bien besoin.

dimanche 4 juin 2023

je ne dois pas me presser de rentrer

"Je me suis répété cette phrase, deux ou trois fois : je ne dois pas me presser de rentrer.
Pourquoi la femme chez qui je vivais m'avait-elle dit cela ? Que signifie-t-on ainsi à la personne qui habite chez soi ? Peut-être devrais-je la prendre au mot me suis-je dit, à l'aéroport de Lima, embarquer pour Rio, et de là à Kinshasa puis Bangkok. Sans doute serait-ce assez peu me presser de rentrer, mais si la femme chez qui je vivais me le demandait, après tout, pourquoi pas ? J'ai pensé que je pourrais poursuivre mon périple comme je l'avais commencé : j'irais de terrasse en terrasse et de bar en bar, m'assiérais face aux paysages, devant le Corcovado, sur les berges du Congo et au bord des klongs devant- une assiette de curry massaman, et partout je laisserai le temps passer en buvant du vin blanc capiteux et tous les rhums et tous les alcools du monde, zigzagant de Cancer en Capricorne, rebondissant sur les 23° parallèles comme la boule sur le caoutchouc du flipper, et à force de tourner et de retourner peu à peu la mémoire s’éroderait, j'oublierais peut-être le chemin le plus rapide pour rentrer, peut-être même oublierais-je l'enfant et l'enfant m'oublierait-il lui aussi, si ce n’était déjà fait, peut-être même en me cognant la tête sur les 23° parallèles oublierais-je aussi son nom à elle, qui disparaîtrait d'un coup, boum, elle ne serait plus que la femme chez qui je vivais. Alors, je poursuivrais ma course périmétrique et pour subsister, je pourrais me charger de quelques documents à remettre en mains propres d'un hémisphère à l'autre, ainsi de proche en proche je creuserais mon sillon dans l'espace intertropical en tournant et retournant encore autour du globe, creusant toujours plus profond à travers la croûte terrestre puis le manteau supérieur, jusqu'à me dissoudre dans le magma du manteau inférieur et dans l’oubli, moi aussi."

"Un corps tropical" de Philippe Marczewski

lundi 20 mars 2023

Vivre, c’est perdre

Le deuil est comme une mort anticipée, comme un échec d’autant plus douloureux qu’il n’est pas, qu’il ne peut être le dernier. Etre en deuil, c’est être en souffrance, comme douleur et comme attente : le deuil est une souffrance qui attend sa conclusion, et c’est pourquoi toute vie est deuil, toujours, puisque toute vie est douleur, comme disait le Bouddha, et quête de repos... Le deuil marque donc l’échec du narcissisme (“sa majesté le moi” perd son trône : le moi est nu) et, par là, l’entrée dans la vraie vie.(...)

“Nous ne savons renoncer à rien” disait Freud : c’est pourquoi le deuil est souffrance et travail. Il y a souffrance non à chaque fois qu’il y a manque, mais à chaque fois que le manque n’est pas accepté. Le monde nous dit non et nous disons non à ce refus. Cette négation de la négation, loin d’aboutir à je ne sais quelle positivité, nous enferme dans la douleur. Nous sommes malheureux parce que nous souffrons, et nous souffrons encore plus d’être malheureux 

(...) 

Le travail de deuil est ce processus psychique par quoi la réalité l’emporte, et il faut qu’elle l’emporte, nous apprenant à vivre malgré tout, à jouir malgré tout, à aimer malgré tout

(...)

La vie l’emporte, la joie l’emporte, et c’est ce qui distingue le deuil de la mélancolie : dans un cas, le sujet accepte le verdict du réel - “l’objet n’existe plus” - et apprend à aimer ailleurs, à désirer ailleurs. Dans l’autre, il s’identifie avec cela même qu’il a perdu ( il y a si longtemps, et il était si petit!), et s’enferme vivant dans le néant qui le hante.”Si je meurs, se lamente-t-il avec Nerval, c’est que tout va mourir... Abîme ! Abîme ! Abîme ! Le dieu manque à l’autel où je suis la victime... “ Incapable de faire son deuil, le mélancolique reste prisonnier du narcissisme et de la carence inévitable de son objet. 

Mais qui échappe au narcissisme ? qui échappe au deuil ? 

C’est en quoi le mélancolique nous en apprend long sur nous-mêmes, et plus que bien des optimistes de doctrine ou de tempérament 

(...) 

Dans plusieurs de ses plaintes contre lui-même, observe Freud, le mélancolique “nous semble avoir raison, et ne faire que saisir la vérité avec plus d’acuité que d’autres personnes qui ne sont pas mélancoliques. Lorsque,dans son autocritique exacerbée, il se décrit comme mesquin, égoïste, insincère, incapable d’indépendance, comme un homme dont tous les efforts ne tendaient qu’à cacher les faiblesses de sa nature, il pourrait bien, selon nous, s’être passablement approché de la connaissance de soi, et la seule question que nous nous posions, c’est de savoir pourquoi l’on doit commencer par tomber malade pour avoir accès à une telle vérité. Le mélancolique est malade de la vérité, quand beaucoup de normausés moyens, comme dit un de mes amis psychiatres, ne vivent que de sa dénégation. C’est que la vérité est pour lui une blessure narcissique, comme elle est presque toujours, et on ne peut en sortir que par l’illusion (la santé ?) ou la fin du narcissisme (la sagesse). 

Le mélancolique est incapable de l’une et de l’autre. Il ne sait ni se duper ni se déprendre: incapable de faire son deuil de soi, il ne cesse de souffrir sa propre mort de son vivant et le monde entier en est comme vidé ou éteint (...) La solution serait de “tuer le mort”, c’est à dire puisqu’il s’agit de soi, de s’accepter mortel,et de vivre. Mais le mélancolique est inapte au deuil, et c’est en quoi il est notre frère à tous : “nous ne savons renoncer à rien” et du fond de sa souffrance indique le chemin : deuil ou mélancolie. (...) c’est seulement une fois qu’on a fait son deuil de soi que l’on peut cesser, sans dénégation ni divertissement, de penser toujours au néant.

(...) 

“Nous ne savons renoncer à rien, nous ne savons qu’échanger une chose contre une autre”: c’est donner le remède en même temps que le diagnostic. Il ne s’agit pas de ne plus aimer, ni d’aimer moins, mais d’aimer autre chose, et mieux : le monde plutôt que soi, les vivants plutôt que les morts, ce qui a eu lieu plutôt que ce qui fait défaut... C’est le seul salut : tout le reste nous enferme dans l’angoisse ou l’horreur. Car tout est éternel, certes (cet être qui n’est plus, et tout ce que nous avons vécu ensemble : éternellement cela restera vrai) mais rien n’est définitif que la mort. Aussi faut-il aimer en pure perte, toujours, et cette très pure perte de l’amour, c’est le deuil lui-même et l’unique victoire. Vouloir garder c’est déjà perdre ; la mort ne nous prendra que ce que nous avons voulu posséder.

(...) 

J’écris cela en tremblant, me sachant incapable d’une telle sagesse, mais convaincu pourtant (ou à cause de cela) qu’il n’y en a pas d’autre, si tant est qu’il y en ait une (...) Courage, les survivants !


André Comte - Sponville, aka "Dédé-la-branlette"

“ Vivre c’est perdre ” in “Deuils”, numéro spécial de la revue Autrement




vendredi 17 mars 2023

mécanique des fluides

Il n’est pas suffisant d’éviter simplement de se sentir découragé face à l’épreuve. Quand survient le malheur, le Samouraï doit s’en réjouir et saisir la chance qui lui est ainsi offerte de mettre à profit son énergie et son courage. Une telle attitude diffère radicalement de la simple résignation. Quand les flots montent, le bateau s’élève…


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La dignité d’un être se mesure à l’impression extérieure qu’il donne. Il y a de la dignité dans l’effort et l’assiduité dans la sérénité et la discrétion. Il y a de la dignité dans l’observation des règles de conduite et dans la droiture. Il y a aussi de la dignité à serrer les dents et à garder les yeux ouverts : toutes ces attitudes sont visibles de l’extérieur. Ce qui est capital, c’est d’agir toujours avec dignité et sincérité.

« HAGAKURE » LE LIVRE SECRET DES SAMOURAIS
par Jocho Yamamoto (1659-1719)