samedi 4 juillet 2026

qu'est-ce que le respect ?

Par Sherlock, dimanche 7 mai 2006 à 22:59

Souvent, on nous dit "il faut respecter les croyances des autres". Mais qu'est-ce que le respect ? Est-ce que c'est se dire sincèrement "je respecte les croyances des autres" ? Cette sorte de "respect" n'est rien d'autre qu'une façon déguisée de se dire "qu'est-ce que je suis quelqu'un de bon !". Son résultat, c'est simplement de renforcer l'image de soi. L'image d'un soi respectueux des autres. Qui est simplement l'autre face de l'image d'un soi pas respectueux. Premièrement cela ne préjuge nullement du comportement effectif. Un peu comme dire je t'aime. L'autre jour, quelqu'un me parlait d'un garçon qui n'arrêtait pas de lui dire qu'il l'aimait, mais qui en définitive ne lui montrait pas plus d'amour que ça. Ce type ne faisait que se fantasmer étant amoureux, et c'était l'image de soi qui lui plaisait. De même, un tas de gens se fantasment respectueux des autres et ne le sont absolument pas. Ce qu'ils appellent "respect", c'est la sensation de bien-être induite par l'image "moi respectant les autres". Si cette sensation est là, peu leur importe de mettre leur chaîne hi-fi à fond toutes fenêtres ouvertes, de faire crotter leur chien sur les trottoirs etc...
Cela pose finalement la question de savoir ce qu'est le vrai respect. Le vrai respect n'induit ni des mots, ni une mise en scène de sa propre image ou de celle de l'autre. Il n'y a pas de sensation d'être comme ceci ou comme cela. En fait, on ne sait pas, l'action est naturelle et il n'y a pas de pensée particulière à ce sujet. Autrement dit, il n'y a ni "respect", ni "non-respect". Il n'y a rien du tout. Car s'il y a quelque chose, il y a moi qui observe la chose, et s'il y a moi, il y a les autres. Pour qu'il n'y ait plus ni moi ni autres, il faut que la chose disparaisse, aussi louable soit-elle.
Chepa prenait l'autre jour l'exemple de la dévotion. "Si vous vous dites "que mon maître est grand et bon", c'est que vous n'avez rien compris aux enseignements du bouddha". Et pour cause. Le premier objet de cette pensée "que mon maître est grand et bon", ce n'est pas mon maître, c'est moi. Si c'était mon maître, j'écouterais ce qu'il dit au lieu de me créer des sensations agréables en m'improvisant auteur d'une pièce dont il serait le héros - car si je puis créer un tel héros, c'est que moi-même je suis quelqu'un de grand et de noble.
Nous en revenons à ce que je disais l'autre jour. On peut soit examiner la pensée du point de vue de son objet, ce qui serait comme examiner une arme sans voir à quoi elle est destinée, soit examiner la pensée du point de vue du penseur dissimulé dans son cœur. C'est ainsi que l'on perçoit que les pensées ne sont pas faites pour décrire le monde, mais uniquement pour magnifier le penseur.
De même, l'art ne décrit pas la nature, ou les choses, mais l'esprit. Si j'écoute une œuvre à la gloire du communisme (Gayaneh, de Khatchaturian) et que j'en déduis que le communisme est bon, je suis dans une grande confusion. L'artiste, dans son oeuvre, ne fait que retranscrire l'exaltation (la magnification de soi) qu'il éprouve à la pensée du communisme. Toutes exaltations étant égales, il se peut qu'elle soit contagieuse, et que je me retrouve dans un sentiment exalté, qui va générer ses propres images n'ayant probablement rien à voir avec le communisme. L'erreur serait ici de croire que les choses désignées par ces images sont bonnes. Mais en fait, ces images ne font que décrire le sujet qui les crée. Sujet qui disparaîtra avec elles. Il en va de même pour toute noble cause qui nous exalte. Le sujet naît avec la noble cause, disparaît avec elle, et il est le véritable objet de la cause. L'objet de la liberté, c'est moi. L'objet du respect, c'est moi. L'objet de la protection des marsupilamis et des femmes battues, c'est moi. Moi, moi, moi. La réalité est tout autre, et elle est inconnaissable.
Comme le disait Chepa l'autre jour : "Quand je regarde cette fleur devant moi, c'est clair, c'est vide, c'est quelque chose et non pas rien, mais je ne sais pas ce que c'est".


(l'entrainement de l'esprit pour le s Nuls est ici : 

mercredi 17 juin 2026

rénovation


Comme le disait mon oncle Gustave, ce bricolo de génie : "n'aie jamais peur d'un projet rénovation de deux semaines : ces deux mois seront les deux plus belles années de ta vie."

Dado (correspondance privée)


"Les finitions, c’est très long, surtout vers la fin."

John "Leroy Merlin" Warsen



mardi 16 juin 2026

Au bout du compte


Et merde !

(quand tu fais cuire ta confiture
en regardant un film d'horreur)
...ce qui prouve bien que l'horreur nait
de l'inattention
de faire 2 choses à la fois 
"On dit souvent que les Anglais ont développé des qualités de sang froid et de réserve, une manière aussi d'envisager les évènements de la vie - y compris les plus tragiques - avec humour. C'est assez vrai; c'est complètement idiot de leur part. L'humour ne sauve pas; l'humour ne sert en définitive à peu près à rien. On peut envisager les évènements de la vie avec humour pendant des années, dans certains cas on peut adopter une attitude humoristique pratiquement jusqu'à la fin; mais en définitive la vie vous brise le cœur. Quelles que soient les qualités de courage, de sang froid et d'humour qu'on a pu développer tout au long de sa vie, on finit toujours par avoir le cœur brisé. Alors, on arrête de rire. Au bout du compte il n'y a plus que la solitude, le froid et le silence. Au bout du compte, il n'y a plus que la mort."

Michou Houellebecq, "les particules élémentaires"

Bien que spectaculaire et produisant une impression durable sur la rétine, il faut laisser un peu macérer ce texte en soi pour voir là où il nous enfume. Sa conception de la fin de vie, "le cœur brisé" et l’espèce de néant tragique qui sent suie (la solitude, le froid et le silence : => ce sont des sensations, agrégées avec des sentiments désagréables, mais en cas de néant post-mortem, qui donc serait donc encore là pour percevoir quoi que ce soit ? mmh ?) trahissent ses préférences réactionnaires et l’épouvante liée à la croyance inconsciente mais rarement explicitée, et pourtant ça serait pas du luxe, qu’après la mort, une pauvre conscience de soi persiste et saigne à l’intérieur de son propre cadavre en décomposition. D'où l'effroi consécutif, et pour les écrivains nihilistes, la peur qu'on puisse dire d'eux comme Clémenceau à la mort de Felix Faure : "en entrant dans le néant, il a dû se sentir chez lui".

                 Le gérant du bouzin.

lundi 15 juin 2026

Luxe

Ils ont des armoires pleines de bouteilles, d’étoffes, de vieux vêtements, de journaux ; ils ont tout gardé. Le passé, c’est un luxe de propriétaire.

 Jean-Paul Sartre, La nausée

mardi 26 mai 2026

se préférer à tout

« L’individualisme est une expression récente qu’une idée nouvelle a fait naître. Nos pères ne connaissaient que l’égoïsme. L’égoïsme est un amour passionné et exagéré de soi-même, qui porte l’homme à ne rien rapporter qu’à lui seul et à se préférer à tout. L’individualisme est un sentiment réfléchi et paisible qui dispose chaque citoyen à s’isoler de la masse de ses semblables et à se retirer à l’écart avec sa famille et ses amis ; de telle sorte que, après s’être ainsi créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même. »

Alexis de Tocqueville (1805-1859)

 https://theconversation.com/lindividualisme-fondement-democratique-selon-tocqueville-261830

dimanche 24 mai 2026

Se désinscrire

Tout artiste reflète ce qui traverse l’environnement dans lequel il vit — ça ne peut pas lui échapper. Refuser de le faire, c’est trahir son époque. J’ai l’impression que c’est la première fois dans l’histoire de l’humanité que l’individu se trouve aussi démuni face aux grandes entreprises. Je pense principalement à celles de la tech, dont on sait que certaines d’entre elles pratiquent un lobbying très puissant à la solde de Donald Trump et de l’idéologie MAGA. 

c'est bien lui. Ma femme déconseille fortement
la lecture de son roman
" d'ailleurs, les poissons n'ont pas de pieds "
elle s'est cachée dans la liste de babelio

Leur but, c’est qu’un tout petit nombre d’individus possède presque tout — soit un monde extrêmement cruel où la culture n’existerait plus, où la pensée serait uniformisée. Mais le rêve des suppôts de l’ultralibéralisme, c’est justement que nous cédions au pessimisme.

Par exemple, plus de cent millions de personnes dans le monde sont abonnées au site de streaming musical Spotify, qui s’est lancé dans la fabrication de musique purement produite par intelligence artificielle et rémunère très mal les artistes. En revanche, son patron s’enrichit de manière exponentielle et mobilise sa fortune pour financer des drones et des armes pilotées par IA [Daniel Ek, fondateur et PDG de Spotify, a, en 2025, investi 600 millions d’euros dans la start-up militaire Helsing, ndlr]. Comme les contemporains de Pétur face aux massacres, chacun d’entre nous engage, à son échelle, sa responsabilité. Et chaque abonné de Spotify a la liberté de s’en désinscrire…

 Jón Kalman Stefánsson interviewé dans Télérama n° 3984



samedi 23 mai 2026

Ordres religieux

Les mortalités les plus élevées (dues à l'épidémie de peste) sont relevées parmi les communautés religieuses et monastiques, qui vivent confinées, mais dans des bâtiments souvent en pierre, où les rats sont moins nombreux que dans des maisons en bois. C’est le cas pour les couvents des Ordres mendiants en Italie : à Santa Maria Novella à Florence, à Sienne, Pise et Lucques – mais c’est aussi vrai dans le sud de la France. Henry Knighton, chanoine de Leicester qui détestait les Ordres mendiants, consigne l’hécatombe dans son Chronicon de manière assez peu charitable : 

« Parmi les Carmes d’Avignon, 66 moururent avant que les citoyens ne s’aperçoivent du désastre : ils crurent d’abord qu’ils s’étaient entretués. Des ermites de Saint Augustin, il n’en resta pas un seul et ce n’est pas dommage. En Provence, 358 Frères prêcheurs sont morts pendant le Carême, de même à Montpellier sur 140 il n’en resta que 7 ; 7 aussi à Maguelonne sur 160, c’est encore assez. À Marseille, sur 150 Frères mineurs il n’en resta pas un seul : c’est bien ainsi. » 

Il n’est pas impossible qu’il exagère un peu, mais sa férocité prouve au moins que, pendant la peste, les affaires continuaient, et avec elles, au sein de l’Église, la haine entre ordres religieux. 

Patrick Boucheron, Peste noire