Philippe Pujol
"Cramés: Les enfants du Monstre"
Philippe Pujol
"Cramés: Les enfants du Monstre"
Lorsque nous parlons du karma, beaucoup de gens nous rétorquent qu'il n'y a rien de tel, que si ça existait ça se saurait, et que la plupart des événements sont le fruit de la chance ou du hasard. Nous n'allons pas gloser sur les causes karmiques éventuelles du crash de l'airbus A330, car même si nous étions omniscients, ce que nous ne sommes pas, tout ce que nous pourrions dire serait invérifiable pour le lecteur. Nous allons donc nous en tenir à ce qui est vérifiable par l'expérience immédiate, et qui peut donc constituer la base d'une pratique.
Le karma, c'est la loi de cause à effet. C'est donc l'endroit où notre liberté ne s'applique pas. On n'est plus "plus ou moins libre" : à un instant t, on est libre, ou agi. Afin de déterminer notre part de karma et de liberté, il nous suffit d'examiner notre esprit. Le karma se manifeste par exemple sous la forme de toutes les pensées automatiques que nous avons, celles qui défilent dans notre esprit sans que nous puissions les en empêcher, quand bien même nous le souhaiterions. L'instant de liberté, c'est l'instant précis où nous prenons conscience de ces pensées, en un éclair. Sur une minute, combien expérimentions-nous de micro-secondes de liberté ? Car chacun le constate, l'instant de la prise de conscience ne dure pas. Même si l'on s'essaie à le faire durer, les pensées recommencent à tourner, au sein même de notre soi-disant vigilance, preuve qu'elle n'est qu'un fac simile de la véritable liberté. Cette liberté, c'est l'instant de lucidité qui seul a pouvoir d'interrompre véritablement les chaînes karmiques, et qui se produit plusieurs fois par minutes chez l'individu au karma pas trop chargé, mais seulement quelques fois dans la journée pour nos grands-mères aux gouttes desséchées. L'équivalent de cet instant dans le sommeil, c'est le moment où le rêve devient lucide. Chacun conviendra que c'est assez rare, si cela se produit deux ou trois fois au cours d'une nuit, c'est déjà énorme. Tout le reste est karma, enchaînement à des situations qui ne nous laissent aucune liberté.
Plus on observe clairement le phénomène, plus il est facile de déterminer les méthodes qui agissent réellement dessus, puisqu'on devient capable de mesurer leur effet. La présence d'un maître, par exemple, est très efficiente, car un maître a le pouvoir de remplacer nos vents contaminés par ses vents purs. En revanche, il a très peu d'influence sur la source de la contamination, autrement dit il faut rester de nombreuses années auprès de lui, du matin au soir, pour que le nettoyage soit important.
Pour nous pauvres occidentaux qui n'avons pas ce loisir, il nous faut soit envisager de mourir idiots, soit nous décider à pratiquer une sadhana digne de ce nom, c'est-à-dire incluant des méthodes efficaces.
Corrélativement, on n'identifie plus l'ego comme une sorte d'entité mystérieuse qui nous posséderait contre notre gré, mais simplement comme la somme de tous ces mouvements sur lesquels nous avons maintenant un moyen d'action, ce qui inverse totalement la perspective. Il ne s'agit plus de se tancer, de se sentir coupable, de se retenir, de s'obliger... Nous accédons à la perception claire que toutes nos humeurs, sentiments et "opinions" sont l'effet d'une contamination des vents, qu'il nous est possible de purifier. Sur le long terme, l'expérience nous montre qu'il est possible de déraciner nos vasanas les mieux enracinés simplement en approfondissant la méthode. Notre état se ramène à une question de diligence, rendue possible par la purification de nos tendances karmiques, et nous cessons progressivement d'être agis pour devenir acteurs de notre vie.
(posté le 10/06/2009 et pointant vers un lien disparu de chez disparu)
Jacques Dartan écrit quelque part dans le cours d'orthologique :
"Un poète anglais, Oscar Wilde, vécut assez longtemps et douloureusement pour s'apercevoir que «la tragédie de la vieillesse, ce n'est pas de vieillir : c'est de rester jeune …» En un mot, cette tragédie est la néoténie. La néoténie (de neos : jeune, et tenié : je prolonge) est le phénomène biologique qui consiste dans un développement plus rapide du germen (les cellules reproductrices) que celui du soma, de façon que l'organisme néoténique parvient à la maturité sexuelle et devient reproducteur sans acquérir les caractères somatiques des adultes de son espèce. Il reste «éternellement jeune». L'exemple classique est celui d'une Salamandre mexicaine appelée Axolotl. Normalement, les salamandres débutent dans la vie exotrophe (la vie des organismes est dite exotrophe (de trophé : nourriture) lorsqu'ils se nourrissent «au-dehors» (de l'œuf ou de l'utérus maternel)) sous forme de larves aquatiques dotées de branchies, puis se métamorphosent en adultes pourvus de poumons adaptés à la respiration atmosphérique. Mais l'Axolotl parvient à la maturité sexuelle dans sa forme larvaire et reste dans cet état. Aussi l'a-t-on tenu pour une salamandre dépourvue des pouvoirs évolutifs caractéristiques des autres membres de sa famille jusqu'au jour où l'on découvrit qu'en modifiant les conditions de milieu les jeunes axolotl pouvaient devenir des Amblystomes, qui sont une espèce connue de salamandres, et l'Axolotl se révéla n'être qu'un bébé-Amblystome capable de se reproduire, un Amblystome néoténique.
Or le cas d'Homo sapiens semble s'apparenter à celui-là. L'Homme pourrait être un bébé-singe capable de se reproduire, un anthropoïde néoténique qui retient à l'âge adulte un grand nombre des caractères particuliers aux anthropoïdes nouveaux-nés : rapport élevé du poids de l'encéphale, angle facial, morphologie frontale, structures crâniennes, muqueuses labiales apparentes, forme des dents, faible pilosité corporelle.
Mais c'est sur le terrain psychique que cette néoténie aurait affecté profondément nos destins en différenciant les sexes par un caractère fondamental : l'homme et la femme seraient l'un et l'autre des néotènes physiologiques, mais l'homme seul serait doté (ou affligé) d'une âme néoténique. Or il faut bien constater que l'homme se distingue en effet de la femme par plusieurs traits spécifiques juvéniles. Les mâles de notre espèce jouent toute leur vie, ne serait-ce que quelque «beau rôle». Seuls les saints, les cuistres et les mères de famille ne jouent pas, les saints parce qu'ils sont sérieux, les mères de famille parce qu'il faut bien qu'elles le soient, et les cuistres parce que, en toute innocence, ils se prennent au sérieux."