interview dans Télérama n° 3983 de Hugues Jallon, écrivain et éditeur attaché aux sciences humaines et aux penseurs de gauche, ex-patron des éditions La Découverte, licencié en 2024 des éditions du Seuil.
Dans Le Temps des salauds, vous défendez l’idée que le fascisme des « fous » ne devient réel que grâce aux « salauds » qui lui préparent le terrain. Comment appliquez-vous cette grille de lecture à l’édition ?
Ce livre est né d’une citation anonyme qui dit : « Le fascisme, ça commence avec les fous, ça se réalise grâce aux salauds, et ça continue à cause des cons. » Dans cette formule, la figure du salaud m’a particulièrement intéressé, car l’Histoire nous apprend que l’extrême droite ne parvient jamais seule à ses fins. Pour qu’elle s’installe durablement, elle a besoin d’aide, de gens qui la rendent raisonnable et respectable, qui acclimatent la société à ses discours. Le salaud n’est pas seulement un opportuniste, il sait parfaitement ce qu’il fait. Vincent Bolloré est plutôt dans la catégorie des « fous », lui qui est pleinement engagé dans une croisade idéologique paranoïaque. Ce qui est inquiétant, c’est que d’autres ne s’affichant pas comme tels suivent le mouvement. L’édition est à la fois une cible et une chambre d’écho de l’extrême droite. Certains choisissent de résister, d’autres d’accompagner.
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