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jeudi 6 août 2026

Karma, pensées discursives et vents contaminés

Lorsque nous parlons du karma, beaucoup de gens nous rétorquent qu'il n'y a rien de tel, que si ça existait ça se saurait, et que la plupart des événements sont le fruit de la chance ou du hasard. Nous n'allons pas gloser sur les causes karmiques éventuelles du crash de l'airbus A330, car même si nous étions omniscients, ce que nous ne sommes pas, tout ce que nous pourrions dire serait invérifiable pour le lecteur. Nous allons donc nous en tenir à ce qui est vérifiable par l'expérience immédiate, et qui peut donc constituer la base d'une pratique.

Le karma, c'est la loi de cause à effet. C'est donc l'endroit où notre liberté ne s'applique pas. On n'est plus "plus ou moins libre" : à un instant t, on est libre, ou agi. Afin de déterminer notre part de karma et de liberté, il nous suffit d'examiner notre esprit. Le karma se manifeste par exemple sous la forme de toutes les pensées automatiques que nous avons, celles qui défilent dans notre esprit sans que nous puissions les en empêcher, quand bien même nous le souhaiterions. L'instant de liberté, c'est l'instant précis où nous prenons conscience de ces pensées, en un éclair. Sur une minute, combien expérimentions-nous de micro-secondes de liberté ? Car chacun le constate, l'instant de la prise de conscience ne dure pas. Même si l'on s'essaie à le faire durer, les pensées recommencent à tourner, au sein même de notre soi-disant vigilance, preuve qu'elle n'est qu'un fac simile de la véritable liberté. Cette liberté, c'est l'instant de lucidité qui seul a pouvoir d'interrompre véritablement les chaînes karmiques, et qui se produit plusieurs fois par minutes chez l'individu au karma pas trop chargé, mais seulement quelques fois dans la journée pour nos grands-mères aux gouttes desséchées. L'équivalent de cet instant dans le sommeil, c'est le moment où le rêve devient lucide. Chacun conviendra que c'est assez rare, si cela se produit deux ou trois fois au cours d'une nuit, c'est déjà énorme. Tout le reste est karma, enchaînement à des situations qui ne nous laissent aucune liberté.

La caractéristique du karma, c'est qu'il n'est pas modifié par le désir de s'en débarrasser. Mais c'est déjà un résultat de le voir clairement, car peu s'en rendent véritablement compte.
Afin d'améliorer notre perception, nous pouvons essayer de méditer dans un moment d'agitation usuelle. Un examen honnête nous montre que nous sommes agis par une force qui ne dépend nullement de notre désir de l'arrêter. Au mieux nous la faisons changer de direction, comme un torrent qui rencontre un arbre. Si nous parvenons à rester en place pendant un certain temps, il se peut qu'elle se calme, à ce moment nous sombrons probablement dans la torpeur. Il s'agira de la même force, mais immobile cette fois. Une façon de mesurer cette force sous sa forme immobile, consiste à nous demandez ce qui nous empêche, lorsque nous sommes calmes et apparemment non perturbés, d'être dans l'amour divin. C'est une sorte de mur, ou de glu, quelque chose qu'il est impossible d'écarter d'un geste de la main. Songeons maintenant à ce qu'est notre journée. C'est la même chose, en pire. Si nous pouvons mesurer la force contraignante qui s'exerce sur nous dans les circonstances propices de la méditation, nous pouvons avoir une vague idée de ce qui s'exerce sur nous au cours de la journée quand nous n'y prenons pas garde.

Plus on observe clairement le phénomène, plus il est facile de déterminer les méthodes qui agissent réellement dessus, puisqu'on devient capable de mesurer leur effet. La présence d'un maître, par exemple, est très efficiente, car un maître a le pouvoir de remplacer nos vents contaminés par ses vents purs. En revanche, il a très peu d'influence sur la source de la contamination, autrement dit il faut rester de nombreuses années auprès de lui, du matin au soir, pour que le nettoyage soit important.

Pour nous pauvres occidentaux qui n'avons pas ce loisir, il nous faut soit envisager de mourir idiots, soit nous décider à pratiquer une sadhana digne de ce nom, c'est-à-dire incluant des méthodes efficaces.


Dans les moyens qui sont à notre disposition, il y a deux niveaux :
- les méthodes du stade de génération, consistant à cultiver la dévotion pour un maître ou une divinité d'élection. Cette méthode est connue dans toutes les traditions, son inconvénient principal tient à ce qu'elle dépend de notre humeur, autrement dit de notre volonté bonne, ainsi que de notre inspiration. Autrement dit, si nous sommes en colère par exemple, celane fonctionnera pas. Il faudra commencer par des méthodes physiques, yogas ou prosternations, qui remettront un peu d'harmonie dans la circulation des vents. Il faut donc compter deux bonnes heures de pratique au total pour nettoyer une perturbation.
- les méthodes du stade d'accomplissement, pranayamas et yoga de tummo, qui ont l'avantage de ne dépendre que d'un minimum de force physique (il ne faut pas être trop malade ou fatigué). Pour le reste, en fonction du niveau de pratiquant et du niveau d'agitation, 10 à 30mn peuvent suffire. Quand on mesure ce qui est enlevé en si peu de temps, c'est proprement miraculeux. Le second miracle, c'est que par la réduction du temps nécessaire pour obtenir un résultat - en l'occurrence le désengluement de toute pensée discursive -, il devient possible de l'appliquer à chaque nouvelle perturbation, ce qui permet de rester dans un état relativement clair tout au long de la journée.

Corrélativement, on n'identifie plus l'ego comme une sorte d'entité mystérieuse qui nous posséderait contre notre gré, mais simplement comme la somme de tous ces mouvements sur lesquels nous avons maintenant un moyen d'action, ce qui inverse totalement la perspective. Il ne s'agit plus de se tancer, de se sentir coupable, de se retenir, de s'obliger... Nous accédons à la perception claire que toutes nos humeurs, sentiments et "opinions" sont l'effet d'une contamination des vents, qu'il nous est possible de purifier. Sur le long terme, l'expérience nous montre qu'il est possible de déraciner nos vasanas les mieux enracinés simplement en approfondissant la méthode. Notre état se ramène à une question de diligence, rendue possible par la purification de nos tendances karmiques, et nous cessons progressivement d'être agis pour devenir acteurs de notre vie.


Article extrait du site Le Trésor Théoscopique

(posté le 10/06/2009 et pointant vers un lien disparu de chez disparu)

vendredi 10 juillet 2026

amour et bizness

pour mémoire, cet extrait d'un manuscrit trouvé dans une poubelle :

Kaios Kagathos : j'aime cet homme.

Flocrate : "aimer quelqu'un" n'a pas de sens.

KK : Ah bon ?

F : L'aimes-tu pour une qualité qu'il possède ou pour autre chose ?

KK : je l'aime parce qu'il est lui.

F : Ce "lui" tient-il à une qualité spécifique ou à autre chose ?

KK : A autre chose.

F : "Lui" ne dépend donc pas des qualités.

KK : assurément non.

F : Donc si demain il perd une jambe tu l'aimeras toujours.

KK : Bien sûr.

F : Et s'il lui pousse un pelage noir et qu'il se transforme en chauve-souris, tu l'aimeras encore.

KK : Euh... oui.

F : Et en arbre et en montagne ?

KK : Euh... sans doute...

F : Donc il peut être tout et tu l'aimeras encore.

KK : Ben euh...

F : Donc c'est clair, soit ton amour ne tient à aucune de ses qualités et il est universel, soit il tient en fait à des qualités spécifiques, et là ce n'est plus "lui" que tu aimes mais ses qualités, et ça, c'est du bizness, pas de l'amour.

Explication : le hic c'est que l'ego est un agrégat, donc "personne" ne peut aimer "personne", il n'y a que Dieu qui peut s'aimer lui-même. Donc tout amour qui n'est pas universel n'est pas de l'amour. On a le droit de faire des préférences, mais ce sont des préférences, pas de l'amour (...) Parce que sinon ce serait de l'attachement ou tout au moins une préférence, et là ce serait une autre histoire. L'amour est par nature non-limité. En fait tu te reconnais toi-même en chaque chose, ou plus exactement Dieu se reconnaît lui-même à travers toi. Sans compter que Dieu et toi n'étant pas séparés... bref.

samedi 4 juillet 2026

qu'est-ce que le respect ?

Par Sherlock, dimanche 7 mai 2006 à 22:59

Souvent, on nous dit "il faut respecter les croyances des autres". Mais qu'est-ce que le respect ? Est-ce que c'est se dire sincèrement "je respecte les croyances des autres" ? Cette sorte de "respect" n'est rien d'autre qu'une façon déguisée de se dire "qu'est-ce que je suis quelqu'un de bon !". Son résultat, c'est simplement de renforcer l'image de soi. L'image d'un soi respectueux des autres. Qui est simplement l'autre face de l'image d'un soi pas respectueux. Premièrement cela ne préjuge nullement du comportement effectif. Un peu comme dire je t'aime. L'autre jour, quelqu'un me parlait d'un garçon qui n'arrêtait pas de lui dire qu'il l'aimait, mais qui en définitive ne lui montrait pas plus d'amour que ça. Ce type ne faisait que se fantasmer étant amoureux, et c'était l'image de soi qui lui plaisait. De même, un tas de gens se fantasment respectueux des autres et ne le sont absolument pas. Ce qu'ils appellent "respect", c'est la sensation de bien-être induite par l'image "moi respectant les autres". Si cette sensation est là, peu leur importe de mettre leur chaîne hi-fi à fond toutes fenêtres ouvertes, de faire crotter leur chien sur les trottoirs etc...
Cela pose finalement la question de savoir ce qu'est le vrai respect. Le vrai respect n'induit ni des mots, ni une mise en scène de sa propre image ou de celle de l'autre. Il n'y a pas de sensation d'être comme ceci ou comme cela. En fait, on ne sait pas, l'action est naturelle et il n'y a pas de pensée particulière à ce sujet. Autrement dit, il n'y a ni "respect", ni "non-respect". Il n'y a rien du tout. Car s'il y a quelque chose, il y a moi qui observe la chose, et s'il y a moi, il y a les autres. Pour qu'il n'y ait plus ni moi ni autres, il faut que la chose disparaisse, aussi louable soit-elle.
Chepa prenait l'autre jour l'exemple de la dévotion. "Si vous vous dites "que mon maître est grand et bon", c'est que vous n'avez rien compris aux enseignements du bouddha". Et pour cause. Le premier objet de cette pensée "que mon maître est grand et bon", ce n'est pas mon maître, c'est moi. Si c'était mon maître, j'écouterais ce qu'il dit au lieu de me créer des sensations agréables en m'improvisant auteur d'une pièce dont il serait le héros - car si je puis créer un tel héros, c'est que moi-même je suis quelqu'un de grand et de noble.
Nous en revenons à ce que je disais l'autre jour. On peut soit examiner la pensée du point de vue de son objet, ce qui serait comme examiner une arme sans voir à quoi elle est destinée, soit examiner la pensée du point de vue du penseur dissimulé dans son cœur. C'est ainsi que l'on perçoit que les pensées ne sont pas faites pour décrire le monde, mais uniquement pour magnifier le penseur.
De même, l'art ne décrit pas la nature, ou les choses, mais l'esprit. Si j'écoute une œuvre à la gloire du communisme (Gayaneh, de Khatchaturian) et que j'en déduis que le communisme est bon, je suis dans une grande confusion. L'artiste, dans son oeuvre, ne fait que retranscrire l'exaltation (la magnification de soi) qu'il éprouve à la pensée du communisme. Toutes exaltations étant égales, il se peut qu'elle soit contagieuse, et que je me retrouve dans un sentiment exalté, qui va générer ses propres images n'ayant probablement rien à voir avec le communisme. L'erreur serait ici de croire que les choses désignées par ces images sont bonnes. Mais en fait, ces images ne font que décrire le sujet qui les crée. Sujet qui disparaîtra avec elles. Il en va de même pour toute noble cause qui nous exalte. Le sujet naît avec la noble cause, disparaît avec elle, et il est le véritable objet de la cause. L'objet de la liberté, c'est moi. L'objet du respect, c'est moi. L'objet de la protection des marsupilamis et des femmes battues, c'est moi. Moi, moi, moi. La réalité est tout autre, et elle est inconnaissable.
Comme le disait Chepa l'autre jour : "Quand je regarde cette fleur devant moi, c'est clair, c'est vide, c'est quelque chose et non pas rien, mais je ne sais pas ce que c'est".


(l'entrainement de l'esprit pour le s Nuls est ici : 

mardi 25 novembre 2025

pour faire quoi ?

Renaître, mourir, puis renaître à nouveau, d’accord, mais pour faire quoi ?

Corentin Lê dans sa critique d'Alien : Romulus

Un mal entraîne un bien, et un bien entraîne un mal.
Quelqu'un qui souffre entame une ascèse. Son ascèse le rend meilleur. Devenant meilleur il se la joue et devient puant. Etant puant ça lui retombe sur la figure, et il souffre. Souffrant, il a un accès d'humilité. Son humilité le rend meilleur. Devenant meilleur il redevient puant...
Où est l'éveil dans tout ça ?
Les amis, il serait temps de voir que ça n'a pas de fin.


Flo, quelque part dans la mailing list conscience-lucidité, August 15, 2003.

dimanche 29 juin 2025

Le problème du malheur

Le problème du malheur né de la haine de soi, du mépris et du dégoût (en tant que sous-produits de la compulsion), c'est qu'ils nous enferment dans une spirale de souffrance, d'égoïsme et finalement les murs deviennent tellement hauts qu'on n'a plus l'énergie ni pour les escalader ni pour les détruire; comme dit une copine :
"Le problème assez net du cyberdep (j'en connais pas des masses, mais j'en ai vu passer quelques uns et je suis allée lire quelques confessions sur les forums) c'est qu'il est totalement et complètement centré autour de "je". JE vais mal. JE me suis négligé. JE suis un horrible personnage (= je suis quelqu'un de SPECIAL, de spécialement mauvais). JE vais m'occuper de MOI. JE vais aller mieux. JE vais m'occuper de MA femme (et non je vais m'occuper de ma FEMME). Sa maladie, c'est l'égocentrisme. S'il décide de faire du sport, d'aller voir un thérapeute, de se comprendre... c'est toujours et encore la même maladie qui continue. Et moi et moi et moi... Il faut que leur femme suive leur progrès, que leurs potes les encouragent - et cette maladie du forum est assez symptomatique -. Chepa leur dirait "arrêtez de ne penser qu'à vous, ça irait déjà beaucoup mieux". Est-ce qu'on a déjà vu un cyberdep qui ait un intérêt réel pour une autre personne ? (je pose la question). Qui au lieu de s'occuper de son propre programme va fait du bénévolat pour s'occuper d'autres gens ? Quand toutes tes pensées sont autocentrées tu ne peux qu'aller super mal, cyberdep ou pas. C'est pour ça d'ailleurs que même s'ils arrêtent ils ne se sentent pas tellement mieux. Et c'est peut-être pour ça qu'Orroz s'en est sorti, plutôt que grâce à une bonne méthode. Parce que semble-t-il, il pense aux autres. Remarque, peut-être que sa méthode exige de penser aux autres, justement, mais si c'est le cas, elle n'est pas appliquée souvent." 
L'aveu de ta faiblesse ne t'autorise pas à te murer dans ton malheur. Mais si tu ressens précisément que tu touches le fond de la misère, ça peut être l'occasion d'un nouveau départ. Tu peux apprendre à regarder tes émotions négatives (honte, culpabilité, regrets et tutti quanti) d'un autre oeil : leur fonction est de te rendre la vie intolérable au point de te contraindre à chercher une issue, et de ce point de vue c'est plutôt réussi, non ? Eckardt Tolle utilise l'image d'un charbon ardent : Comment laissez-vous tomber un morceau de charbon ardent que vous tenez à la main ? Comment laissez-vous tomber un bagage lourd et inutile que vous portez ? En reconnaissant que vous ne voulez plus souffrir ni continuer à porter ce fardeau, puis en l'abandonnant. A un moment donné, et je te souhaite d'y arriver avant l'heure dernière, il te faudra lâcher prise sur ta souffrance. La saluer, et puis passer à autre chose. Ca pue peut-être le néo-bouddhisme ou le new age, mais ça pue moins fort que là d'où on vient.

jeudi 5 septembre 2024

Le Yoga du rêve

Au départ, il est facile de croire que le rêve peut nous transmettre de nombreux enseignements. Personnellement, et malgré toutes mes tentatives, je n’ai jamais trouvé ce que je souhaitais, ni enseignements, ni conseils. Sans doute est-il possible d’en retirer certaines choses, mais pas sans un travail important d’incubation ou de décryptage des données. En fait, ceux qui attendent quelque chose des rêves sont les mêmes qui recherchent des maîtres. Je n’empêche personne de chercher un maître, mais je me demande si cela est très utile. J’ai vu quantité de gens qui avaient suivi des enseignements de toutes sortes, obtenu de grandes révélations et qui me tenaient des discours du genre “Je fais ceci ou cela parce que je sens que c’est ce que je dois faire actuellement, c’est ce qui est bon pour moi”. Mais ces gens restent toujours les mêmes, et on a l’impression que s’ils n’avaient pas fait ce qui était “bon” pour eux, leur vie n’aurait pas été différente. Pour moi, l’explication en est simple : faire ponctuellement ce qui est “bon” pour moi, yoga, méditation ou prière, ne me fera pas progresser tant qu’en dehors de cela je continuerai à mener la même vie stupide. Tant que je continuerai à mener ne serait-ce qu’une heure par jour de vie stupide, quand bien même je ferais à côté 15 heures de méditation, le seul fait que cette heure de stupidité soit me prouve que ma méditation n’a pas eu beaucoup d’effet, et rien ne me garantit que demain ne sera pas fait d’une heure de méditation et de 15 heures de vie stupide. Etre zen une heure par jour, tout le monde y arrive. Rien n’est plus commun que les gens qui ont de grandes révélations mystiques, il en pousse à tous les coins de rues. L’important n’est pas la révélation ou l’enseignement mais ce qu’on en fait. Les gourous et les rêves ne peuvent rien pour nous tant que nous ne comprenons pas que notre évolution spirituelle est l’affaire de chaque instant.

Du rêve lucide au Yoga du rêve : 282 rêves lucides commentés (coll.privée)