mardi 26 mai 2026

se préférer à tout

« L’individualisme est une expression récente qu’une idée nouvelle a fait naître. Nos pères ne connaissaient que l’égoïsme. L’égoïsme est un amour passionné et exagéré de soi-même, qui porte l’homme à ne rien rapporter qu’à lui seul et à se préférer à tout. L’individualisme est un sentiment réfléchi et paisible qui dispose chaque citoyen à s’isoler de la masse de ses semblables et à se retirer à l’écart avec sa famille et ses amis ; de telle sorte que, après s’être ainsi créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même. »

Alexis de Tocqueville (1805-1859)

 https://theconversation.com/lindividualisme-fondement-democratique-selon-tocqueville-261830

dimanche 24 mai 2026

Se désinscrire

Tout artiste reflète ce qui traverse l’environnement dans lequel il vit — ça ne peut pas lui échapper. Refuser de le faire, c’est trahir son époque. J’ai l’impression que c’est la première fois dans l’histoire de l’humanité que l’individu se trouve aussi démuni face aux grandes entreprises. Je pense principalement à celles de la tech, dont on sait que certaines d’entre elles pratiquent un lobbying très puissant à la solde de Donald Trump et de l’idéologie MAGA. 

c'est bien lui. Ma femme déconseille fortement
la lecture de son roman
" d'ailleurs, les poissons n'ont pas de pieds "
elle s'est cachée dans la liste de babelio

Leur but, c’est qu’un tout petit nombre d’individus possède presque tout — soit un monde extrêmement cruel où la culture n’existerait plus, où la pensée serait uniformisée. Mais le rêve des suppôts de l’ultralibéralisme, c’est justement que nous cédions au pessimisme.

Par exemple, plus de cent millions de personnes dans le monde sont abonnées au site de streaming musical Spotify, qui s’est lancé dans la fabrication de musique purement produite par intelligence artificielle et rémunère très mal les artistes. En revanche, son patron s’enrichit de manière exponentielle et mobilise sa fortune pour financer des drones et des armes pilotées par IA [Daniel Ek, fondateur et PDG de Spotify, a, en 2025, investi 600 millions d’euros dans la start-up militaire Helsing, ndlr]. Comme les contemporains de Pétur face aux massacres, chacun d’entre nous engage, à son échelle, sa responsabilité. Et chaque abonné de Spotify a la liberté de s’en désinscrire…

 Jón Kalman Stefánsson interviewé dans Télérama n° 3984



samedi 23 mai 2026

Ordres religieux

Les mortalités les plus élevées (dues à l'épidémie de peste) sont relevées parmi les communautés religieuses et monastiques, qui vivent confinées, mais dans des bâtiments souvent en pierre, où les rats sont moins nombreux que dans des maisons en bois. C’est le cas pour les couvents des Ordres mendiants en Italie : à Santa Maria Novella à Florence, à Sienne, Pise et Lucques – mais c’est aussi vrai dans le sud de la France. Henry Knighton, chanoine de Leicester qui détestait les Ordres mendiants, consigne l’hécatombe dans son Chronicon de manière assez peu charitable : 

« Parmi les Carmes d’Avignon, 66 moururent avant que les citoyens ne s’aperçoivent du désastre : ils crurent d’abord qu’ils s’étaient entretués. Des ermites de Saint Augustin, il n’en resta pas un seul et ce n’est pas dommage. En Provence, 358 Frères prêcheurs sont morts pendant le Carême, de même à Montpellier sur 140 il n’en resta que 7 ; 7 aussi à Maguelonne sur 160, c’est encore assez. À Marseille, sur 150 Frères mineurs il n’en resta pas un seul : c’est bien ainsi. » 

Il n’est pas impossible qu’il exagère un peu, mais sa férocité prouve au moins que, pendant la peste, les affaires continuaient, et avec elles, au sein de l’Église, la haine entre ordres religieux. 

Patrick Boucheron, Peste noire




vendredi 22 mai 2026

Le Temps des salauds

interview dans Télérama n° 3983 de Hugues Jallon, écrivain et éditeur attaché aux sciences humaines et aux penseurs de gauche, ex-patron des éditions La Découverte, licencié en 2024 des éditions du Seuil.

Dans Le Temps des salauds, vous défendez l’idée que le fascisme des « fous » ne devient réel que grâce aux « salauds » qui lui préparent le terrain. Comment appliquez-vous cette grille de lecture à l’édition ?

Ce livre est né d’une citation anonyme qui dit : « Le fascisme, ça commence avec les fous, ça se réalise grâce aux salauds, et ça continue à cause des cons. » Dans cette formule, la figure du salaud m’a particulièrement intéressé, car l’Histoire nous apprend que l’extrême droite ne parvient jamais seule à ses fins. Pour qu’elle s’installe durablement, elle a besoin d’aide, de gens qui la rendent raisonnable et respectable, qui acclimatent la société à ses discours. Le salaud n’est pas seulement un opportuniste, il sait parfaitement ce qu’il fait. Vincent Bolloré est plutôt dans la catégorie des « fous », lui qui est pleinement engagé dans une croisade idéologique paranoïaque. Ce qui est inquiétant, c’est que d’autres ne s’affichant pas comme tels suivent le mouvement. L’édition est à la fois une cible et une chambre d’écho de l’extrême droite. Certains choisissent de résister, d’autres d’accompagner.


Johnwarsen, carte de voeux sous Seroplex®, 2012