jeudi 5 novembre 2026

bande et raque

« Pourtant, il déteste le porno. Ça l’avilit. Il n’a pas envie de bander en regardant des femmes se rabaisser au rang de chienne, et pourtant il bande, et ça lui remplit la tête de saletés dont il n’a pas l’usage. On ne lui demande pas son avis : on lui met du porno sous le nez, tout le temps. Ça le dérange. Impossible de charger un jeu ou une série sans que s’affichent les photos de toutes les salopes qui habitent à moins de cent mètres de chez lui et qui veulent de la bite, tout de suite. Et à poil, les voisines, bien sûr, sinon il risquerait de passer à côté du message. Ça lui arrive de jeter un œil, c’est obligé. Ça le dégoûte. Ça l’excite et ça le dégoûte de se sentir excité par ça. Mais à qui les mecs peuvent-ils se plaindre ? Ils sont supposés encaisser tout ce qu’on leur envoie dans la gueule, et se démerder avec ça. Les filles, c’est facile pour elles : dès qu’elles l’ouvrent pour dire qu’elles se sentent salies ou non consentantes, on arrête toutes les rotatives et on les écoute pleurnicher. Lui se sent sali par la pornographie. Il se sent abusé, mais il va s’en plaindre à qui ? Les bonhommes, ils doivent supporter tout ce qu’on leur impose sans jamais la ramener avec leur sensibilité. On part du principe qu’ils sont forcément partants. Personne ne se demande si ça leur plaît de se faire choper par les couilles à tout bout de champ, pas plus qu’on se préoccupe de savoir s’ils ont envie d’être père ou pas, pas plus qu’on se préoccupe de savoir s’ils ont les moyens de payer la pension alimentaire qu’on leur impose… tout est sur le même mode. La masculinité, c’est « bande et raque » sans alternative. »
(...) « Le problème de la rédemption, c’est que c’est comme passer du crack à la camomille : on se doute que ça a des vertus, mais sur le coup, c’est surtout vachement moins ludique. »

Virginie Despentes, in "Vernon Subutex 2."