pour mémoire, cet extrait d'un manuscrit trouvé dans une poubelle :
Kaios Kagathos : j'aime cet homme.
Flocrate : "aimer quelqu'un" n'a pas de sens.
KK : Ah bon ?
F : L'aimes-tu pour une qualité qu'il possède ou pour autre chose ?
KK : je l'aime parce qu'il est lui.
F : Ce "lui" tient-il à une qualité spécifique ou à autre chose ?
KK : A autre chose.
F : "Lui" ne dépend donc pas des qualités.
KK : assurément non.
F : Donc si demain il perd une jambe tu l'aimeras toujours.
KK : Bien sûr.
F : Et s'il lui pousse un pelage noir et qu'il se transforme en chauve-souris, tu l'aimeras encore.
KK : Euh... oui.
F : Et en arbre et en montagne ?
KK : Euh... sans doute...
F : Donc il peut être tout et tu l'aimeras encore.
KK : Ben euh...
F : Donc c'est clair, soit ton amour ne tient à aucune de ses qualités et il est universel, soit il tient en fait à des qualités spécifiques, et là ce n'est plus "lui" que tu aimes mais ses qualités, et ça, c'est du bizness, pas de l'amour.
Explication : le hic c'est que l'ego est un agrégat, donc "personne" ne peut aimer "personne", il n'y a que Dieu qui peut s'aimer lui-même. Donc tout amour qui n'est pas universel n'est pas de l'amour. On a le droit de faire des préférences, mais ce sont des préférences, pas de l'amour (...) Parce que sinon ce serait de l'attachement ou tout au moins une préférence, et là ce serait une autre histoire. L'amour est par nature non-limité. En fait tu te reconnais toi-même en chaque chose, ou plus exactement Dieu se reconnaît lui-même à travers toi. Sans compter que Dieu et toi n'étant pas séparés... bref.
Ce qui est pratique avec Dieu c'est qu'on peut absolument tout dire et même son contraire, Il ne viendra pas te contredire et même s'il venait te contre dire rien ne prouve que c'est bien Lui et rien ne prouve qu'Il a forcément raison. Le Bouddha dit qu'il y a un Dieu qui prétend avoir crée l'Univers mais le Bouddha dit que c'est faux. Le Bouddha n'a pas forcément raison non plus et on peut lui faire dire bien des choses qu'il n'a certainement jamais dites. C'est pratique. Il existe un courant philosophique anglo-saxon qui s'appelle le pragmatisme avec des auteurs comme Peirce, James, Searle, Dewey... que notre ami(e) Flo ignore. De ce point de vue, je dirais qu'on s'en fout que l'être aimé possède ou non les qualités que je lui attribue, l'important c'est la relation (l'interdépendance diraient les bouddhistes) que j'entretiens avec cette personne. Peu m'importe que ce soit de l'amour, de l'amitié, du bizness (ou que sais-je encore?) du moment que chacun s’épanouisse autant qu'il est possible dans cette relation. On peut gloser à l'infini sur l'Amour et faire fortune comme l'a fait le christianisme, ce qui fait dire à Nietzsche que l'Amour chrétien couve la haine.
RépondreSupprimerOui, parce que prêcher l'amour à une bande de singes, ce n'est pas l'enseigner. A un moment donné, les singes y se rendent bien compte que l'espoir n'est pas une banane.
RépondreSupprimerOn n'est plus très loin, collectivement, de ce que décrit Russell Banks :
"Quand un groupe de primates supérieurs - chimpanzés ou gorilles - commence à manquer de nourriture, les mâles adultes sont pris de folie dévoratrice, de gloutonnerie apocalyptique. Ils engloutissent toutes les bananes et toutes les baies qui restent sur le territoire du groupe. Et quand il n'y a plus de bananes et de baies, ils envahissent le territoire de leurs voisins et s'en rendent maîtres par la violence. Nous, êtres humains, sommes une variété de primates supérieurs, et notre degré d'évolution ne nous garantit pas d'un accès de folie dévoratrice. Bien au contraire. La seule différence entre les chimpanzés et nous, c'est que nous avons inventé une théologie pour la justifier."
https://johnwarsen.blogspot.com/2009/05/gloutonnerie-apocalyptique.html